Adea Shabaniová est née le 16 mars 1992, à Mecedonia en Yougoslavie. Après avoir suivi une scolarité des plus banales en Macédoine, elle décide de s’envoler pour Paris, où elle intègre l’American University of Paris. En 2016, les yeux pleins de rêve, elle part pour Los Angeles, la capitale du cinéma américain et mondial.
Elle intègre la prestigieuse Stella Adler Academy, pour devenir la nouvelle star montante d’Hollywwod. Elle avait le talent, l’ambition, la grâce, mais le 23 février 2018, Adea disparaît.
Des témoins et les vidéosurveillances montrent que la jeune femme de 25 ans quitte son appartement avec des sacs de voyage, monte dans la voiture louée pour l’occasion par son petit ami, Chris Spotz, pour un petit road trip.
Elle prévient sa colocataire qu’elle part faire une virée avec Chris et qu’elle sera de retour le soir même. Ce qui sera la première incohérence de cette affaire, pourquoi emporter des sacs alors qu’elle pensait faire un aller/retour ?
Quelques semaines plus tard, on retrouvera des restes humains dans une tombe peu profonde dans le parc de Spenceville Wildlife Area au Nevada, à plus de 600 km de LA. Les enquêteurs annonceront qu’il s’agit bien d’Adea Shabani.
Un petit ami suspect
Christopher Spotz, plus connu sous le nom Chris, est un acteur en devenir, lui aussi, de 33 ans. Il est le genre de garçon qu’on imagine dans les seconds rôles : charmant, mais trouble.
Adea l’avait rencontré à l’école d’art dramatique et se fréquentaient depuis quelques mois.
Mais derrière l’image du couple discret se cache une réalité bien plus dérangeante : Chris était fiancé à une autre femme. Il pensait pouvoir mener sa double vie tranquillement en déménageant avec sa fiancée, Mary Elise, à Fort Morgan, dans le Colorado, mais Adea finit par apprendre l’existence de cette autre femme. Elle commence à douter et à poser des questions. Selon certains proches, la jeune femme pensait le quitter.
Le 23 février 2018, Chris Spotz passe prendre Adea Shabani et ils quittent ensemble l’immeuble de cette dernière. Chris revient seul de ce road trip. Il déclarera à la police qu’il s’était disputé avec sa petite amie le jour de leur départ, alors qu’ils se rendaient à Sacramento, où réside le père de l’acteur. Certaines sources disent que le couple devait lui rendre visite, mais l’enquête ne prouve pas cette théorie. Chris Spotz aurait décidé de laisser Adea à Santa Clarita à cause de cette dispute. Les enquêteurs ne trouveront aucune trace de la jeune actrice, ni à Santa Clarita ni à Sacramento. De plus, ils n’ont trouvé aucun témoin qui aurait pu apercevoir Adea Shanabi, ni aucun appel à l’aide. On aurait pu penser que la jeune femme aurait appelé des ami(e)s ou sa colocataire pour leur raconter ce qui venait de lui arriver.
Les propos de Chris ne sont pas cohérents et les enquêteurs commencent à avoir des doutes sur le comédien. Le petit ami devient suspect.
L’après-disparition : un comportement qui hurle “culpabilité”
Dès le lendemain de la disparition d’Adea, le comportement de Christopher Spotz devient une énigme pour les enquêteurs.
Le comédien n’a pas alerté les proches d’Adea. Il n’a pas non plus contacté les autorités. De plus, il va raconterplusieurs versions différentes de ce qui se serait passé cette fameuse journée du 23 février 2018.
Il évoquera une dispute qui aurait éclaté entre eux, sans jamais dire les raisons de cette dernière. Il ne donnera aucune raison qui a fait qu’il l’aurait laissée dans un coin isolé, quelque part sur la route entre Hollywood et le Nord de la Californie.
Puis il a évoqué une sortie précipitée du véhicule. Adea se serait jetée de la voiture comme une furie après cette fameuse dispute et aurait disparu de sa vue, sur la route au milieu de nulle part. Les enquêteurs ont trouvé cette histoire absurde : il pleuvait ce jour-là, et Adea n’était ni habillée ni équipée pour une randonnée ou une fugue improvisée. Elle n’aurait aucune raison logique de partir seule, à pied, sur une route paumée avec seulement ses fringues et ses talons. Adea “aurait disparu dans la nuit”.
Selon la police, c’est ce jour-là que son téléphone s’éteint pour toujours. Aucune activité.
Chris ne signalera pas sa disparition et lorsqu’il sera interrogé par la police, il refuse de coopérer. À partir de là, tout s’accélère. Chris Spotz part en fuite, il traversera plusieurs États, change d’endroits, multiplie les kilomètres. Quand les policiers tentent de l’interpeller, le 23 mars 2018, il ne s’arrête pas, de là une course-poursuite s’engage et après une centaine de kilomètres un coup de feu retentit dans sa voiture. Spotz s’est tiré une balle dans la tête.
🧠 En psychocriminologie, ce type de comportement post-crime est hautement révélateur :
- Évitement actif de toute confrontation
- Disparition de l’empathie (il ne cherche jamais à “aider” à retrouver Adea)
- Mensonges incohérents et fuyants
- Et enfin, passage à l’acte autodestructeur : le suicide comme fuite ultime
On est ici face à un profil à stratégie défensive, qui cherche à garder le contrôle jusqu’au bout, quitte à se supprimer lui-même plutôt que de faire face à ses actes.
Il ne laissera donc pas de mot.
Pas de confession, ni de réponse pour la famille d’Adea.
Le corps d’Adea : une vérité enfoncée sous terre
Le 27 mars 2018, plus d’un mois après sa disparition, le corps d’Adea Shabaniová est retrouvé, dans une tombe peu profonde, en pleine forêt, à Nevada County, au nord de la Californie.
C’est un endroit isolé, qu’elle n’avait aucune raison de visiter et encore moins un endroit où trouver de l’aide pour rentrer chez elle.
Les analyses de ses tatouages et de son ADN confirment rapidement l’identité : c’est Adea Shabani.
Le corps de l’actrice est en état de décomposition avancée, trop dégradé pour permettre une autopsie concluante. Aucune cause exacte de décès n’a donc été déterminée.
L’autopsie a seulement conclu que le corps avait subi des traumatismes crâniens causés par une arme contondante, donc il s’agit d’un homicide. De plus, le corps a été retrouvé dans une tombe creusée. La piste du suicide ou de l’accident est vite écartée. Et pourtant… malgré ça, les autorités ne parleront jamais clairement de meurtre.
🧠 En criminologie, l’enterrement d’un corps est un acte fort.
Il implique :
- une prise de conscience de la mort
- un effort pour cacher un crime
- une volonté de gagner du temps, d’échapper à la justice
Ce n’est pas un simple abandon. Ce n’est pas un accident. Ce n’est pas un suicide. C’est un geste criminel. Et pourtant, l’enquête ne va pas plus loin. Pas d’autre suspect. Pas d’autres pistes.
Le silence comme verdict
Le principal suspect de cette affaire d’homicide est mort et l’affaire est donc officiellement close.
Il n’y aura pas de procès, aucun chef d’accusation ne sera retenu et surtout aucune reconnaissance publique du statut de victime. La famille et les amis d’Adea Shabani n’auront jamais les réponses à leurs interrogations, et encore moins une conclusion.
Juste un commentaire dans le communiqué du bureau du shérif :
“La mort d’Adea Shabaniová est considérée comme non naturelle, mais la cause exacte reste indéterminée. L’enquête est close, en l’absence de suspect encore en vie.”
Autrement dit : “On pense savoir ce qui s’est passé, mais on n’ira pas plus loin.”
Et c’est peut-être là, la plus grande injustice. En effet, puisqu’on a un mobile, un suspect et un corps enterré. Même si les enquêteurs n’ont pas mis la main sur l’arme du crime, ils ont des pistes. Mais le dossier est refermé sans jamais avoir été véritablement ouvert.
Cependant, selon la loi californienne, les parents d’Adea Shabaniová étaient légalement en droit d’intenter une action pour mort injustifiée, même après la disparition et le décès de leur fille. Ce droit s’applique en l’absence de conjoint ou d’enfant, et permettrait potentiellement d’engager une action contre toute personne suspectée d’avoir contribué à la mort de la victime – même à titre posthume via leur succession.
Cela leur aurait peut-être permis de faire en sorte que ce dossier pour meurtre suive son cours et que l’on sache enfin ce qu’il s’est passé. Parce qu’il n’y a eu aucune audition publique, ni de reconstitution, pas d’enquête parallèle sur les proches, ni sur les derniers échanges et surtout aucun soutien psychologique officiel pour les proches d’Adea.
Seulement cette sensation insupportable d’un dossier liquidé à huis clos.
Ce qu’on ne saura (peut-être) jamais
Adea devient alors un simple nom dans une ligne de rapport. Une “affaire classée”, qu’on n’a jamais réellement tenté de comprendre.
Il reste pas mal de failles dans cette affaire, des zones d’ombre que personne n’a pris la peine d’éclairer, assez grandes pour que n’importe quel complotiste puisse s’imaginer des scénarios plausibles.
Par exemple, on ne sait rien sur la fiancée de Chris Spotz. Certaines sources disent qu’elle n’a jamais été entendue par la police, mais qu’après le suicide du suspect, elle aurait aidé les enquêteurs à mieux comprendre l’état d’esprit de Chris, ce qui n’a jamais été vraiment prouvé. On ne sait pas si elle était au courant de la relation entre son fiancé et Adea, du coup on ne peut pas savoir si elle les auraient menacés. Aucune enquête approfondie ne semble avoir été menée.
Ce qui m’interpelle le plus, c’est le téléphone de la victime. On est en 2018 et le bornage était déjà utilisé. De plus, où est-il passé ? D’après les sources, aucun téléphone n’a été retrouvé ! Et les enquêteurs n’ont pas non plus pris la peine de saisir ses autres appareils numériques.
Ils ont su avec exactitude les déplacements de la jeune actrice grâce aux bornages du téléphone de Chris Spotz, puisque celui d’Adea a arrêté d’émettre à 12h50 lorsque l’homme de 33 ans est arrivé chez elle. Du coup, on peut émettre un doute : est-ce que Adea Shabani avait encore de la batterie lorsqu’ils sont partis ? C’est peu probable mais ce n’est pas impossible, assez pour mettre le doute à un jury lors d’un procès.
N’ayant aucune précision de la police et des sources qui se contredisent sur pas mal de faits, il est vraiment difficile de savoir la vérité. Vérité que les enquêteurs auraient dû trouver ! Il n’y a rien qui affirme clairement que Spotz l’a tué, même si une évidence est flagrante, cependant il n’y a que des preuves indirects et des incohérences dans ce dossier. Ils n’ont même pas cherché à en savoir plus sur la starlette, ils se sont focalisés sur l’infidèle menant une double vie parce qu’ils avaient des éléments qui tendaient à penser que c’était lui et son suicide a arrangé tout le monde.
Le crime parfait, ce n’est pas celui qu’on ne comprend pas. C’est celui que tout le monde pense déjà résolu.
Dans cette affaire, il n’y a pas de justice, pas de procès et encore moins de vérité établie, seulement un dossier classé trop vite.
Adea Shabaniová est morte deux fois. La première, quelque part sur une route qu’elle n’aurait jamais dû prendre. La seconde, le jour où l’on a décidé que son histoire ne méritait pas d’être entièrement racontée.
On a déjà vu des « mystères » beaucoup plus médiatisés que cette affaire, alors que le coupable était tout désigné. Ici, on a décidé que le suicide de Spotz était un aveu flagrant et que seuls les soupçons suffiraient. Mais suffirait à quoi ?
Une famille est toujours en deuil parce que la justice n’a pas été faite, même sans un procès, la moindre des choses était de prouver aux familles de la victime et du suspect des éléments probants. La preuve incontestable que c’était bien l’acteur qui avait tué sa petite amie sur la route de Sacramento parce qu’elle avait découvert qu’il était fiancé.
Peut-être que la justice ne poursuit pas les morts. Mais est-ce une raison pour enterrer aussi les faits ?
Dans l’affaire Adea Shabaniová, tout s’est figé à la mort du suspect. Plus de poursuite. Plus d’investigation active. Comme si son suicide avait suffi à clore le dossier, mais il ne suffit pas de pointer du doigt un coupable pour faire taire l’absence.
J’ai cette image grossière d’une scène où après une course poursuite la voiture de Chris Spotz s’arrête encerclée par des dizaines de voitures de police, et là PAN ! Un coup de feu, les policiers avancent et découvrent le comédien mort. Ils se regardent tous et d’un regard ils se disent « Oh cool, moins de paperasses ! C’est clair que s’il s’est suicidé, c’est lui ! Ouais de toute façon on a des preuves indirectes qui le prouvent ! Et puis franchement, qui s’intéresse à une petite poulette de 25 ans qui finira encore dans un porno ! »
C’est cru, mais c’est le sentiment que j’en ai.
Une starlette étrangère, un coupable idéal, fin de l’histoire !
Pour vous aussi. Un autre true crime à l’américaine triste à souhait qui finira en téléfilm, mais pour la famille d’Adea ? …

