Nous sommes le 31 mai 1908, il est six heures du matin et Remy Couillard, le domestique du Pavillon situé 6 impasse Ronsin à Paris, se lève et remarque une chose étrange : les portes des chambres de ses employeurs sont ouvertes. Inquiet, le jeune homme va alors entrer dans les chambres une à une, et ce fut l’effroi lorsqu’il découvrit Emilie Japy et Adolphe Steinheil morts.

Marguerite Jeanne Japy, née le 16 avril 1869, est une fille de bonne famille. Elle a été élevée, comme l’époque le voulait, pour être une bonne épouse. Après avoir rencontré celui qu’elle pensait être l’homme de sa vie, son père Edouard Japy lui ordonna de mettre un terme à cette relation. Le coeur brisé, elle décide alors de partir chez sa sœur dans le sud où elle y rencontre Adolphe Steinheil, un peintre plus ou moins célèbre. Après l’avoir courtisée comme il était convenable de le faire, ils se marièrent le 9 juillet 1890 ; de cette union naquit Marthe, leur enfant unique.
Le couple n’ayant pas les mêmes goûts pour la vie, ils décidèrent de faire chambre à part. Adolphe et Marguerite formaient toujours un couple sur le papier mais n’en avait en vraiment plus la définition. Meg, comme elle était surnommée, aimait la vie mondaine et était très douée dans ce rôle. C’est grâce à toutes ses connaissances que son mari put vivre de son art.
En 1897, elle fait la rencontre de Félix Faure, le sixième président de la République, avec qui elle aura une aventure jusqu’au jour de sa belle mort, qui fut le 16 février 1899, après une partie de jambe en l’air avec la jolie mondaine dans le « salon bleu » de l’Elysée. Cet incident lui vaudra le surnom de la pompe funèbre. L’affaire fut étouffée par l’État jusqu’en 1909, lors du procès de Marguerite Steinheil.
UNE NUIT BIEN ETRANGE
Alors que la mère de Meg, Emilie Japy, était en visite chez sa fille, 2 hommes avec une barbe et une femme rousse, tous habillés de vêtements sombres se sont introduits dans le pavillon. D’après les dires de la mondaine, les hommes se seraient « occupés » de son époux et de sa mère tandis que la femme l’aurait obligés à dévoiler où était l’argent. C’est le lendemain que les deux corps inanimés ainsi que Meg bâillonnée et ligotée au lit ont été retrouvés.
L’enquête ne fut pas de tout repos. Après avoir vérifié les allégations de la jeune veuve, des témoignages de personnes présentes dans la rue ou encore des pistes concernant l’Affaire Dreyfus, la police s’est rendue compte que rien ne semblait tenir la route et que tous les suspects avaient un alibi. C’est alors que le juge Leydet décide, le 04 novembre 1908, de faire arrêter et d’incarcérer Marguerite Steinheil pour complicité de meurtre par aide et assistance.
UN PROCES MEDIATISE
Elle passera 300 jours à la prison de Saint-Lazare, où elle y recevra des journalistes pour des interviews exclusives. Un an après son arrestation,, le procès s’ouvre et le tout-Paris répond présent à l’événement du siècle. L’arrivée de la veuve fut fracassante, on dira qu’elle était « coquettement vêtue du deuil ».
Pour présider ce procès, le juge Leydet se récuse du fait de ses relations avec l’accusée, c’est donc le juge André qui le remplacera. De son côté, Meg sera défendue par Maître Aubin, assisté par Maître Landowski. Durant des jours, l’accusation mettra la femme face à ses contradictions lors de ses témoignages. Ces nombreuses aventures seront mises au jour, dont celle avec le roi du Cambodge ainsi que celle avec Félix Faure. D’ailleurs, le mystère autour de sa mort refera surface et beaucoup de rumeurs diront que c’est sa maîtresse qu’il l’aurait tuée, comme elle avait tué son mari et sa propre mère.
La mondaine fut en première page de beaucoup de journaux durant des semaines, ce qui n’était pas pour lui déplaire, et pour nourrir son public affamé elle jouera la comédie à la perfection, en feignant des malaises, des pleurs et en s’évanouissant lorsqu’elle ne voulait pas répondre aux questions. Un vrai show à l’américaine bien avant même les procès à scandale.
Après plus de 2 heures de délibérations, le jury déclare Marguerite Steinheil non coupable, sous les applaudissements des gens présents à l’audience. C’est sous les acclamations des français qu’elle sortira libre du tribunal.
MEG LA SURVIVANTE
On aurait pu penser que la veuve se ferait plus discrète après le procès, mais il n’en est rien. La mondaine partira pour l’Angleterre sous un nom d’emprunt et y rencontrera le Lord Robert Broche Campbell Scarlett, qu’elle épousera en 1917. Elle obtiendra le titre de LADY.
Il y a eu quelques rumeurs qui racontaient qu’elle se serait faite enlevée lors d’un voyage au Maroc mais avait été libérée contre une rançon.
La vie de Marguerite Jeanne Steinheil a été très mouvementée comme elle l’avait toujours désiré, mais toutes les bonnes choses ont une fin et la sienne survint le 18 juillet 1954, à l’âge de 85 ans dans le Sussex en Angleterre.
